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Dans notre article du 24 juillet dernier "attention danger" (catégorie ACAATA) nous faisons état de nos inquiétudes à la suite de l'interventiopn faite par le Président de la République. Ci-joint le communiqué de l'ANDEVA qui se devait de réagir:

 

 

 

COMMUNIQUE DE PRESSE

Vincennes, le 5 août 2010

 

Lettre ouverte au

 Président de la république

 

Pré retraite amiante :

Ceux qui risquent de mourir plus tôt doivent pouvoir partir plus tôt !

 

 

Suite aux propos tenus par le Président de la république le 23 juillet dernier lors de sa visite des chantiers navals de Saint Nazaire, propos dans lesquels il s’interrogeait sur l’opportunité  de distinguer les personnes malades de l’amiante des personnes exposées dans leur vie professionnelle à ce matériau cancérogène pour l’accession à l’allocation de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante (ACAATA), l’Andeva dans une lettre ouverte à Nicolas Sarkozy rendue publique ce jour confie ses inquiétudes et expose ses réflexions sur le sujet. L’Andeva rappelle au Président de la république qu’il ne saurait y avoir de réforme des retraites juste  sans que ceux qui risquent de mourir plus tôt à cause de leurs expositions professionnelles passées puissent cesser de travailler plus tôt. Et qu’il « est incontestable qu’au premier rang de cette catégorie figurent les personnes exposées à l’amiante. »     

 

 

Monsieur le Président de la République 

Palais de l'Elysée

55, rue du Faubourg Saint Honoré

75008 Paris  

 

 

 

Monsieur le Président,

 

Nous nous permettons de nous adresser directement à vous, à la suite de vos déclarations relatives à la préretraite amiante,  à l’occasion de votre déplacement aux chantiers de constructions navales de Saint-Nazaire, le 23 juillet dernier.

En effet,  vos propos ont provoqué une vive inquiétude parmi les salariés qui ont été exposés à ce matériau cancérogène et qui attendent de pouvoir bénéficier de l’allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (Acaata).

Si nous avons bien saisi le sens de votre intervention, vous vous interrogez sur l’intérêt d’établir une distinction entre les « personnes touchées par l’amiante » et les personnes qui ont été simplement « exposées », pour être éligibles à la préretraite amiante.

Nous souhaitons vous faire part à ce sujet des réflexions suivantes.

 

Tout d’abord, opérer une telle distinction reviendrait à remettre en cause le fondement même de l’Acaata. En effet, cette préretraite a été créée pour compenser la perte d’espérance de vie des salariés qui ont été exposés à l’amiante. Les données épidémiologiques sont aussi simples qu’effrayantes : l’âge moyen de survenue des cancers broncho-pulmonaires (la pathologie cancéreuse la plus fréquente chez les personnes exposées à l’amiante) est de 63,3 ans ; et l’espérance de vie moyenne, après le diagnostic, est inférieure à deux ans. Et dans de nombreux cas, les personnes n’ont pas de signes pathologiques avant le diagnostic. Réserver la préretraite amiante aux seuls malades reviendrait donc à demander à toutes ces victimes potentielles de travailler jusqu’à 62 ans, c'est-à-dire à les priver quasiment de retraite. S’agissant du mésothéliome, le cancer de la plèvre, l’âge moyen de diagnostic est plus élevé, 69 ans, mais le pronostic est encore plus sombre que pour le cancer du poumon.

 

Ensuite, une telle mesure viderait totalement le dispositif de cessation anticipée des travailleurs de l’amiante de sa substance, puisque 90 % environs des allocataires y entrent par la voie de l’exposition et 10 % seulement en raison de leur pathologie professionnelle. Cet écart important s’explique tout simplement par le fait que l’exposition à l’amiante, comme à l’ensemble des substances cancérogènes, provoque des pathologies à effets différés qui ne surviennent que longtemps après l’exposition, et bien souvent après l’âge de la retraite. Un système de préretraite basé uniquement sur la reconnaissance d’une pathologie professionnelle serait donc totalement inopérant s’agissant des expositions à des substances cancérogènes. En outre, ajoutons qu’un tel dispositif, assorti d’un taux d’incapacité permanente partielle (IPP) de 20 %, comme le prévoit votre gouvernement, est encore plus inepte : à ce niveau-là d’IPP, les malades de l’amiante, comme d’ailleurs la plupart des personnes reconnues en maladie professionnelle, ne sont plus au travail, mais en invalidité ou en inaptitude médicale.

Enfin, cette distinction entre malades de l’amiante et personnes exposées a été proposée pour la première fois dans les pistes de réformes d’un rapport de la Cour des Comptes publié en mars 2005. Mais l’ensemble des rapports – parlementaires comme de mission gouvernementale – qui ont examiné attentivement les raisons d’être et le fonctionnement du dispositif, ont tous rejeté cette mesure pour les raisons développées ci-dessus.

 

A maintes reprises, vous avez déclaré que la réforme des retraites se devait être juste. Pour mériter un tel qualificatif, il nous semble que le schéma proposé doit absolument respecter un principe fondamental : ceux qui vont mourir plus tôt à cause de leurs expositions professionnelles passées doivent cesser de travailler plus tôt. Il est incontestable qu’au premier rang de cette catégorie figurent les personnes exposées à l’amiante.

D’une part parce que la catastrophe de l’amiante, en France, est emblématique de la responsabilité des entreprises et de la faillite du dispositif de prévention des risques professionnels : depuis les années 60, il n’était plus contestable que l’amiante était cancérogène et que des mesures de prévention draconiennes s’imposaient. Le lobbying des industriels et le laisser-faire des autorités sanitaires sont responsables de l’ampleur du drame. Il est donc parfaitement légitime que les uns et les autres en assument les conséquences, y compris celle de permettre à ceux qui doivent vivre le restant de leurs jours avec cette épée de Damoclès au-dessus de leur tête, de pouvoir bénéficier d’un minimum de retraite.

D’autre part, parce que l’amiante représente l’exposition professionnelle la mieux renseignée. Techniquement, il est donc parfaitement possible de bâtir un dispositif complémentaire au dispositif actuel, trop grossier, pour permettre à l’ensemble des personnes exposées de façon significative à l’amiante, de bénéficier d’une cessation anticipée d’activité. C’est le sens de la réforme que nous réclamons avec la Fnath et l’ensemble des organisations syndicales.

 

Espérant que ces explications auront éclairé votre réflexion et restant à votre disposition pour de plus amples explications, nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération.

 

  Alain Guérif

 

Président de l’Andeva

 

Tag(s) : #Notre actualité

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