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"Rattrapé"

article du journal "La Montagne" du 2 février 2015

Cet article met une fois encore en lumière, la situation catastrophique du traitement des milliers de tonnes d'amiante encore présentes, sur notre territoire. Il met aussi en exergue les difficultés rencontrées par certaines entreprises de notre pays. En tant que défenseurs des victimes et des futures victimes, nous ne trouvons aucune excuse mais cela nous conduit à la réflexion suivante:. La législation aussi stricte soit-elle restera inefficace si elle n'est pas accompagnée de la volonté politique indispensable à son application. En fait les entreprises qui seraient les plus à même à pouvoir répondre, sont certainement celles qui sont responsables de l'état des lieux, et qui réussissent (en France, comme en Italie voir nos derniers articles) à échapper à la justice. Combien de cas similaires inconnus ? au jour ou la re struturation des Direccte (s) (associée à la diminution du nombre d'inspecteurs du travail) est en pleine actualité, on peut nourrir les plus vives inquiétudes pour les salariés et les populations

"Rattrapé"

Le bâtiment prend l'eau depuis l'arrêt par La Direccte d'un chantier de désamiantage sauvage « L'amiante, pire que le nucléaire ! »

L'entrepreneur auquel Thierry Giat a confié les travaux lui demandait « 10 à 15.000 ? de moins que ses concurrents » pour poser des tôles neuves, désamianter la toiture, et gérer le transport des déchets. « Il y en a tout de même pour 100.000 ? les 800 m 2 ! J'ai dû emprunter 80.000 ?. J'ai choisi le moins cher, comme auraient fait beaucoup d'autres. L'entrepreneur m'avait dit être habilité pour l'amiante. J'ai pensé qu'il n'y avait pas de problème ».

Pas avant avril ! Sauf que ce choix lui coûte aujourd'hui bien cher : « Quinze jours à peine après le début des travaux, et alors que seulement la moitié du toit était faite, j'ai vu arriver l'inspection du travail pour un contrôle ». Et le verdict est aussitôt tombé : le chantier a été arrêté pour cause de désamiantage sauvage (lire ci-contre) . « Il aurait fallu prendre tout un tas de précautions, ce que l'entrepreneur n'a pas fait. Il a été obligé de descendre du toit avec interdiction formelle d'y remonter. Et moi d'y toucher ! J'ai dû demander à une entreprise agréée de venir pour reprendre le chantier, mais il y en a très peu dans la région. Donc, j'ai eu le devis, qui s'élève à 26.000 ?, mais ils ne peuvent pas venir faire les travaux avant le 15 avril ! » Sauf qu'à l'arrivée de l'hiver, cette situation n'a pas manqué de poser problème à Thierry Giat. « Une nuit, il est tombé 50 mm d'eau. Je suis arrivé le matin et il y avait de l'eau partout. J'ai appelé la Direccte qui m'a dit qu'il fallait que je ne touche à rien et que j'attende qu'une entreprise certifiée vienne mettre des tôles. J'ai coupé le courant, évacué les ouvriers et fait venir les pompiers. Et depuis, je suis dans une situation précaire. Et mon entreprise aussi ».

Car avec ces dégâts, la facture s'alourdit et « mon assureur est bien embêté pour la prise en charge ». Sans compter que le carrossier a dû faire expertiser le plafond de son atelier pour vérifier que lui aussi n'était pas contaminé. « Et même avec le résultat négatif, on me dit que ce n'est pas conforme ! Dès qu'on touche à l'amiante, c'est pire que le nucléaire ! Mais le problème, c'est que personne n'est là pour nous aider, que ce soit pour financer le désamiantage, ou même pour les démarches. La législation est hyper stricte, mais nous, on doit se démerder avec toutes ces contraintes et ce n'est pas normal. Après tout, il y a bien des aides pour la laine de verre ou le chauffage, alors pourquoi pas pour l'amiante ? »

Le carrossier explique aujourd'hui être « dans le désarroi le plus total. La précarité de la situation me fait craindre pour l'avenir de mon entreprise et des six personnes qu'elle fait vivre. Le faîtage de mon toit est totalement instable et à la moindre intempérie Comme si la pression du travail n'était pas suffisante, il y a celle des formalités qui n'en finissent plus ».

« Le faîtage de mon toit est totalement instable et à la moindre intempérie »

« Les travaux de désamiantage, au même titre que ceux en hauteur, sont susceptibles d'exposer les professionnels à des risques graves et imminents (ici, de contamination). On parle de désamiantage sauvage lorsque l'entreprise qui réalise l'opération de retrait (ou de confinement) n'est pas spécialisée ou certifiée, ou lorsqu'elle n'a pas rédigé et envoyé à la Direccte un plan de retrait, rappelle Nizar Samlal, directeur départemental adjoint du travail. Et même quand ces points sont respectés, il faut aussi que les salariés soient parfaitement formés et équipés, et que le confinement et la gestion des déchets soient faits dans les règles.

Tag(s) : #Justice

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